Opération LEA : témoignages

7 OCTOBRE 1947 : OPERATION SUR CHO MOÏ

Témoignage du Colonel Michel Desmons, lieutenant en 1947 à la 11ème Compagnie

Lieutenant Michel Desmons

Témoignage de Guy Stevenin, Caporal- Chef à la 11ème Compagnie

 » Le 6 octobre nous recevons l’ordre de préparer nos sacs marins, de les stocker au magasin de la compagnie et de faire notre sac à dos avec les effets qui pourront être utiles pour notre opération. On nous demande aussi de vérifier notre arme et les munitions afin de contrôler si tout fonctionne et si tout est au complet. Le 7 octobre 47 au réveil, mon chef de section rassemble les chefs de groupes, et nous apprend que c’est aujourd’hui le jour J. Dans l’après midi il donne les dernières recommandations pour le regroupement au sol et les missions que nous avons à remplir. L’après midi nous touchons un repas froid, il faut manger le plus rapidement possible car les camions nous attendent pour nous emmener au terrain d’aviation.

12h45 : nous embarquons dans les camions et nous voici partis pour le terrain de Gia Lam. Nous traversons Hanoï en chantant. Tout le monde est heureux car un saut en mission à beaucoup plus de mérite que les sauts d’entraînement. Nous sommes fiers d’être parachutistes, c’est une arme d’élite.

13H15 : les camions nous déposent à côté de l’avion qui tout à l’heure emmènera la section. Nous alignons notre parachute par numéro de saut. Nous enlevons notre équipement : repos sur place en attendant l’heure d’envol. Il fait très chaud sous les ailes de l’ avion. Là nous étudions une fois de  plus le terrain de la drop-zone, à l’aide de photos aériennes et la carte de la région. Ensuite c’est le calme complet. Certains pensent au sort qui les attend : c’est l’appréhension du saut qui commence ; d’autres un peu moins soucieux chantent mais il y  a déjà beaucoup de fausses voix. Tout à coup un «garde-à-vous » retentit. C’est le général Salan qui vient nous souhaiter «bonne chance et bonne réussite» pendant l’opération. L’heure décisive arrive. Nous installons les gaines à l’intérieur de l’avion. Ensuite nous nous équipons ; les harnais du parachute et le poids de l’armement nous immobilisent les membres. Le dispatcher (largeur) nous fait prendre place dans l’avion.

14h30: un ronflement nous assourdit. Notre avion prend la piste et quelques minutes après, le chef de section distribue une cigarette à chaque parachutiste. Après 30 minutes de vol, la sonnette donne le signal de l’accrochage des static lines ( Sangles d’ouverture automatique ou SOA) au câble métallique. Nous approchons du point de largage.

15H00 : au 2ème coup de sonnette la première vague se précipite dans le vide. Je suis deuxième derrière le sergent Legal. Nous qui étions du 2ème largage, nous nous penchons tous les 2 à la porte pour voir s’il n’y a pas d’accident. Tout s’est bien passé les parachutes se sont ouverts. L’avion fait un tour, nous accrochons nos static lines et nous nous mettons en position de départ. Je suis 2ème à la porte, je vois très bien le terrain d’atterrissage, c’est très scabreux. Il y a des bambous à chaque extrémité de la DZ: mais peu importe nous sommes parachutistes et rien ne nous arrête. Au 2ème coup de sonnette je m’élance dans le vide. Ouf mon parachute s’est ouvert. J’essaie de me dégrafer pendant la descente. Je n’ai pas fini d’enlever le mousqueton de mon ventral que je suis obligé de me mettre en position d’atterrissage et…. sans aucun mal je passe à travers un arbre et arrive comme une masse sur un radeau en bambous à trois mètres du bord. Sur l’embarcation, quelques femmes, des enfants et 3 hommes qui avaient peur de cette invasion traversaient le fleuve pour aller se cacher dans la montagne. La plupart effrayés se jettent à l’eau., Je suis seul avec un nha-que ( paysan ) parlant très bien le français. Ayant quitté mon parachute, j’arme ma mitraillette et donne l’ordre au paysan de conduire le radeau vers le rivage. Je rejoins par la suite le point de regroupement où je dois retrouver la section. Tout s’est bien passé pour moi. Malheureusement il manque un sous officier à l’appel. On le retrouvera 3 jours après, noyé dans le fleuve . Toute la compagnie est regroupée en moins d’une heure. La 1ère section et la mienne ont pour mission de pousser une pointe vers un important pont, après avoir fait un nettoyage ; la 1ère section l’occupera pour la nuit. Nous progressons colonne par un, mitraillette et fusil à la main, prêt à toute attaque Viet-Minh. La route est très encaissée, bordée par deux montagnes boisées. Il y a de jolis coins pour tendre des embuscades. Nous arrivons au pont. Il était temps, les pirates avaient déjà préparer l’emplacement de l’explosif pour le faire sauter, 1/2 heure de plus leur aurait suffi. Un petit nettoyage autour du pont et notre section rentre à Cho Moï et s’installe tant bien que mal avec les moyens de fortune pour la nuit.


9 OCTOBRE 1947 : OPERATION SUR CHO MOÏ

Témoignage du Colonel Desmons,

Lieutenant à la 11ème Compagnie

9 OCTOBRE 1947 : OPERATION SUR CAO BANG

Témoignages du Chef de Bataillon LEGUERE

alors Sergent-Chef à la 1ère Compagnie

Texte extrait du livre : Le Para de Georges Fleury


Témoignage d’Ernest MORIN,

Caporal à la 1ère Compagnie en 1947

(Texte envoyé par Monsieur Ernest MORIN le 13 Octobre 2020)

 Opération LEA    – Cao Bang –  9 octobre 1947 (73 ans déjà ! )

Depuis plusieurs jours, à Hanoi, nous savions que nous allions sauter à CAO BANG, ville située à une quarantaine de kilomètres de la frontière chinoise. Déjà le 1er Bataillon de Choc et le3ème bataillon du 1er R.C.P. avaient sauté, le 7 octobre à BAC KAN et à CHO MOI. Nous étions prêts et deux jours plus tard notre tour arriva de participer à l’opération LEA.

Le 9 octobre 1947

– Réveil : 4h30

A 6 h 30, nous arrivons au terrain d’aviation de GIA LAM.   Le GMC nous dépose devant notre avion. C’est un Dakota. Des dizaines d’appareils sont alignés, des Junker, des Dakota, des Catalina, des Spitfire.

Puis ce sont les préparatifs d’usage. Perception des parachutes, essayage, réglage, dernier briefing.

Nous attendons longtemps autour de notre avion. Sur CAO BANG la météo n’est pas bonne et il faut patienter pour permettre au ciel de se dégager. Le bruit des moteurs de ces nombreux appareils devient assourdissant. Vers 10h30 : feu vert. Le largage est possible. Le bruit des moteurs monte encore d’un cran. Nous nous dirigeons vers l’avion, lourdement harnachés. Au pied de la passerelle, le Père MULSON, aumônier du Bataillon, avec son manipule autour du cou, son calice à la main, propose l’hostie consacrant la communion à ceux qui souhaitent la recevoir. Une majorité d’entre nous l’acceptent, y compris l’un de nos partisans- supplétifs, qui avait déjà sauté sur HOA BINH. Quand on va vers une mort possible on ne prend jamais assez de précautions !  

10h45, décollage. À bord, pas de chants, l’ambiance est à la concentration sur les consignes à respecter après l’atterrissage, sur l’objectif, sur la mission.

Dans notre esprit nous cherchons à savoir si tout est O.K. dans notre équipement. Nous sommes concentrés, mais sereins. Une heure de vol environ et c’est l’ordre : « Debout… Accrochez »

C’est alors que tout s’accélère. Le moteur du Dakota s’emballe, la vitesse de l’avion, au lieu de ralentir en vue du largage, prend soudainement une vitesse maxi. Pourquoi ? L’info nous parvient rapidement comme une trainée de poudre. Le Junker qui nous précédait est en flammes, touché par le tir d’une mitrailleuse vietminh et il va s’écraser au sol. Notre pilote s’affole et cherche à quitter cette zone le plus rapidement possible.

Il faut sauter. Pas question de faire demi-tour. Nous sautons à 150 m d’altitude, dans des conditions catastrophiques. Le choc à l’ouverture est très violent nous sommes ballottés en l’air, secoués dans tous les sens. Le sol arrive très vite. Le pilote de l’avion n’a pas respecté la zone de largage et nous atterrissons un peu partout. Pour moi ce sera dans des rochers sur le versant d’une crête. Mon bras droit me fait souffrir. À vingt mètres de moi le Sergent-Chef SEIGNE , chef de la section de commandement, hurle de douleur. Je m’approche, il est tout déhanché, le bassin fracturé.

Le regroupement de notre section est rendu très difficile, car nous sommes tous éparpillés dans la nature.  Au-dessus de nos têtes les Spitfire font un très gros travail, mitraillant les départs de feu ennemis. Contrairement aux autres sections nous ne rencontrons qu’une faible résistance. Il est vrai que l’ennemi ne nous attendait pas à cet endroit. En début d’après-midi nous rejoignons la section LEGUERE à l’usine électrique qui n’a pas eu le temps d’être sabotée. Le courant fonctionne. Nous réquisitionnons les civils pour dégager les cadavres qui jonchent le sol. Chez nous, hormis le Sergent-Chef SEIGNE, pas de pertes sérieuses. Beaucoup sont amochés par l’atterrissage, mais globalement ça va. J’ai toujours mon traumatisme à l’avant-bras droit, mais j’arrive à me servir de mon pistolet-mitrailleur. Pour le Sergent-Chef SEIGNE, je ne peux rien faire. Il devra être évacué sur HAIPHONG.

 Pour les autres, un peu d’aspirine pour calmer les douleurs. L’après-midi se passe en fouille des lieux, notamment le terrain entre la citadelle et l’usine électrique. Dans cette usine je me trouve nez à nez dans une soute à charbon avec une jeune fille qui devait s’occuper de l’approvisionnement de l’usine. Je la laisse à son poste et continue avec les copains à nettoyer les derniers poches de résistance. La nuit arrive et je me retrouve à l’usine électrique pour y passer la nuit sur un tas de charbon. Je prends mon tour de garde et m’endors.

Nous sommes le 10 octobre. Dès le réveil, l’ordre est donné au lieutenant FAURY, adjoint au commandant de compagnie, de retourner sur la D.Z. et notamment sur les lieux où le Junker de la 2ème Compagnie a été abattu.

J’ai gardé un souvenir très précis de cet événement car, en cherchant dans les décombres de l’avion, j’ai découvert une jambe sectionnée au genou et recouverte d’une chaussette mi-bas d’une couleur blanc immaculé. C’était celle de l’Adjudant-Chef FINIDORI, le largueur, qui, sans doute pour honorer ses copains allant sauter sur les lignes ennemies, avait revêtu sa tenue de sortie et non pas sa tenue de combat. L’image de cette moitié de jambe toute blanche au milieu des débris calcinés m’a poursuivi toute ma vie. Triste souvenir.

 Nous n’avions pas mesuré l’ampleur de la tâche que constituait la récupération de ces corps. Pas assez nombreux et manquant de moyens, il nous fut impossible de ramener les 11 corps.  Ce n’est que le lendemain matin avec l’appui de renforts venus d’autres compagnies que la mission pût enfin être remplie. L’après-midi fut consacrée aux obsèques, dans le cimetière de CAO BANG.

Nuit calme. Le lendemain 12 Octobre, la Compagnie aux ordres du Capitaine BOUVERY reçoit la mission de nettoyer la région et d’aller à la rencontre des éléments de la Colonne BEAUFRE venant à pied par la R.C. 4. Nous ne rencontrons aucune opposition et la jonction se fait sans problème. Il est certain que le Viet Minh s’est replié en bordure de la frontière chinoise pour se reconstruire en vue des combats futurs.

Notre mission de parachutistes s’achève et nous sommes relevés par la Légion Étrangère.

Je pensais que nous rentrerions à Hanoi, mais non la mission n’est pas achevée. Le même jour la section mortiers de la Compagnie Bataillonnaire sous les ordres du capitaine BRECHIGNAC arrive avec ses mortiers de 60 et de 81, montés sur des mules de Birmanie. Ces bêtes pas très hautes sur pattes ont une capacité extraordinaire de supporter des charges très lourdes (130 à 140 kg paraît-il). J’étais époustouflé. J’ai compris l’utilité de ces mules lorsqu’il a fallu monter des crêtes très escarpées. Sans elles il aurait fallu un effectif trois fois plus nombreux. Ces mules venaient donc de Birmanie pour nous ravitailler en rations alimentaires indiennes. Nous y avons goûté…Epicées comme c’est pas possible…  Du feu dans la bouche… Immangeables !!

Pour en terminer avec cet épisode de CAO BANG je garderai toujours le souvenir du Curé de la ville, logé dans son presbytère. Il me recevait souvent avec bonne grâce, m’invitant à boire le thé tout en me faisant écouter de la musique sur un vieux phonographe à manivelle, muni d’aiguilles qui n’avaient pas été changées depuis des mois. C’est dire si le son n’était pas de la haute-fidélité. Il ne fallait pas être difficile, nous n’étions pas dans un auditorium.

Sa discothèque était réduite à deux disques 78 tours en cire. Le premier de ces disques était la 6ème Symphonie de Beethoven (La Pastorale) et l’autre contenait deux enregistrements de Joséphine Baker (« J’ai deux amours, mon pays et Paris » et sur l’autre face, « La Petite Tonkinoise ».

C’est ainsi que pendant les instants précieux où il me fut permis de m’évader hors du cantonnement, lors de ce séjour à CAO BANG, j’ai tourné la manivelle du phonographe pour écouter cette musique. Voilà pourquoi pendant longtemps j’ai connu par cœur les cinq mouvements en Fa majeur de la 6ème Symphonie de Beethoven.

Puis ce fut le retour sur LANGSON par la R.C.4, l’embarquement compliqué à bord d’avions en nombre insuffisant et le retour à notre cantonnement de la loge maçonnique d’HANOÏ.


Témoignages du Chef de Bataillon LEGUERE

alors Sergent-Chef à la 1ère Compagnie

Récit de l’accident du JU 52

Récit de l’Adjudant COMMERÇON de la 2èmeCompagnie

Texte extrait du livre : »Le Para » de Georges Fleury


Témoignages de René LEROY de la 2ème Compagnie

Extrait du livre : 1er RCP – Témoignages pour l’histoire

« Lorsque MORDANT et moi-même nous sautons du troisième avion qui suivait le Junker abattu, les chasseurs bombardiers parviennent sur l’objectif, amorcent un piqué, lâchent leurs bombes et mitraillent. Parvenu au sol, je retrouve MORDANT, puis ORANGE et SAMSO.

Après nous être orientés, nous empruntons une direction qui est la bonne. Nous nous joignons à ROCOLLE, COMMERÇON, ANCEL et CHEVALIER, rescapés de l’avion abattu. Le Lieutenant ROCOLLE ne peut poursuivre la progression, il endure le martyre, la peau de son visage pend sur le col de sa chemise, celle de ses bras ballotte au bout de ses mains. N’en pouvant plus, il s’adosse au talus.

D’un geste du bras et du regard, il désigne la côte 263 et nous dit : « c’est l’objectif principal de la Compagnie, vous devez absolument vous en emparer, laissez-moi ici et partez. » CHEVALIER reste avec lui afin d’assurer sa protection. Sage décision car apercevant un Viet après notre départ, CHEVALIER lui fait signe d’approcher. Se trouvant en haut d’un talus, celui-ci dévale en courant et, parvenu auprès de CHEVALIER, sort un poignard de sa manche de veste et lui en porte un coup en pleine poitrine. Fort heureusement, l’arme bute sur une côte. L’avantage reste à CHEVALIER qui le gratifie d’un demi-chargeur de 11,43mm. C’est donc à 6 que nous allons vers la colline.

Soudain des rafales de PM crépitent. Simultanément COMMERÇON, ANCEL, MORDANT ETORANGE donnent l’assaut s’emparant de la mitrailleuse qui, installée en défense contre les avions (DCA) dans un emplacement, a abattu l’appareil. Les servants sont exterminés. « 


Témoignages du Lieutenant BLANC de la 3ème Compagnie

Extrait d’une lettre à sa femme ( Source William BLANC, petit fils du Lieutenant)

 » La mission c’est bien passée du moins pour ma compagnie. Notre vague a eu un avion descendu par une mitrailleuse juste au-dessus de l’objectif avec les paras dedans comme bien entendu !! Quelques uns ont pu sauter mais ont été assez grièvement brûlés ,les autres n’ont pas eu cette chance.

Par suite de l’accident les pilotes ,un peu affolés nous ont assez mal largués. La section de tête et notre avion, nous nous sommes pourtant trouvés réunis prés de l’objectif (1er pont). Alors a 20 on a foncés comme de jets, tuant les gaziers dans leur trou sans seulement qu’ils eussent le temps de réagir. On a traversé la ville toujours seuls et toujours en tuant.

Arrivée au deuxième pont (2ieme objectif) on est tombés sur des bandes de 20 à 30 VM qui foutaient les armes en l’air et essayaient de se sauver a la la nage. Quel courage… On s’est fait assaisonnés par deux mitrailleuses. On leur en a piqué une et l’autre profitant du terrain accidenté, a juste eu le temps de mettre les bouts.

Je te garantis que ça a été très vite. Je n’ai pas eu un seul blessé mais ça c’est de la chance.

Le capitaine invisible jusque là s’est avancé la bouche en cœur. Il sera cité et aura surement les félicitations de Bollaert*. Quant à moi je ne peux pas me plaindre, quand même, puisque je suis proposé pour une citation à l’ordre de l’armée. J’espère quelle n’aura pas le même sort que celle de l’évasion celle là (a la division).

Tout ça se faisait à Cao Bang en plein sur les réguliers d’Ho Chi Minh.

On ne peut pas dire que ce ne soit pas une opération parachutée celle là !!! (…) « 

* Émile BOLLAERT a été haut-commissaire de France en Indochine en 1947 et 1948


11 OCTOBRE 1947 : CHO MOÏ

Témoignage du Colonel Desmons,

alors Lieutenant à la 11ème Compagnie


12 OCTOBRE 1947 : CHO MOÏ

Témoignage du Colonel Desmons,

alors Lieutenant à la 11ème Compagnie


13 OCTOBRE 1947 : CHO MOÏ


Témoignage du Colonel Desmons,

alors Lieutenant à la 11ème Compagnie