Témoignages – En Poste à Di Su, Mau Luong et Ké Sat – Juin à Septembre 1947

Le speaker

Depuis plusieurs nuits, un commissaire du Vietminh vient haranguer ,avec un porte-voix, les paras du poste de Ké Sat , les encourageant à déposer leurs armes. Les tirs de la mitrailleuse de 12,7 du poste a un peu calmé l’ardeur du soldat politique qui ne se manifeste plus durant plusieurs nuits.

Mais le 21 juillet 1947, la nuit venue, les discours du commissaire politique reprennent.

Dans son livre  » Le Para », Georges Fleury rapporte ce qui s’est déroulé ce soir là :

« Huit parachutistes criblés d’eau de pluie se coulent dans la nuit sur les pas nerveux de leur chef. La patrouille prend résolument une direction opposée à celle d’où monte le leitmotiv agaçant du soldat politique du Viet-Minh qui hurle toujours sa rengaine vers le poste noyé dans les nuages de pluie tiède.

La patrouille fait un grand arc de cercle en progressant sur les arêtes de diguettes qui délimitent l’étendue de plus en plus vaste des rizières inondées. Le pont ruiné émerge de la brume pluvieuse.

– ils devront passer par là pour rentrer à Ké Sat, explique Leguéré en postant sa patrouille aux abords de l’ouvrage détruit. On va les attendre tranquillement…

Les chasseurs, véritables éponges gorgées d’eau, se plaquent dans la boue, insensibles aux attaques de l’humidité. Près du poste, le commissaire politique poursuit sa harangue. Les rafales de 12,7 s’espacent, suivant les ordres donnés par Leguéré au départ furtif de la patrouille, puis se taisent bientôt.

Le Viet-Minh interrompt enfin son discours après avoir une dernière fois invité avec véhémence les soldats du poste à déposer leurs armes.

Quelques minutes passent. Leguéré immobile au milieu de son embuscade noyée sous la pluie, guette la rizière. Dans la pénombre chuintante, il voit les gardes du corps du commissaire politique se redresser et avancer prudemment sur une diguette qui domine la rizière transformée en lac en direction du pont.

Le groupe Viet Minh marche très lentement sur la glaise. La première silhouette se baisse tout à coup, figée. Les autres combattants rebelles disparaissent dans le brouillard. Prudent, l’éclaireur Viet reste près de deux minutes en position d’observation. Il ne se trouve qu’à un peu plus de 100 mètres des hommes de Leguéré. Puis, il se relève et reprend sa marche vers l’embuscade sur une vingtaine de mètres. Un lointaine canonnade roule en écho à la surface des eaux du delta. L’homme saute d’un bond nerveux sur la pente de la diguette et disparait dans le cloaque de la rizière.

Bientôt, les Viets se découpent à nouveau au ras des diguettes

– on les a raté fulmine Leguéré, ils rebroussent chemin, enrage Leguéré, allez, on les poursuit !

Les chasseurs, coupant court, réussissent à s’approcher des fuyards et ouvrent le feu sur les formes sautillantes qui semblent rebondir sur les levées de terre. Les balles traceuses encadrent les Viets Minhs qui, à travers la rizière, réussissent à fuir dans Ké Sat endormie.

Georges Fleury –  » Le Para » – Éditions GRASSET 1982

Le lendemain, en retournant sur les lieux de l’embuscade, le Sergent- Chef Leguéré retrouve le porte-voix et les corps de deux soldats du Vietminh.


Les grenades de l’Adjudant Barrail

Monsieur Ernest Morin a fait partie de la 1ère Compagnie du 1er RCP durant cette campagne d’Indochine. Aujourd’hui, âgé de presque 93 ans, il vit dans le sud-ouest de la France. La mémoire ne lui fait pas défaut et c’est un plaisir de l’écouter raconter les anecdotes de cette période. De juin à septembre 1947, il était au poste de Di Su. Voici une anecdote d’une mésaventure arrivée à l’adjudant de compagnie qui aurait pu avoir de graves conséquences. Merci Monsieur Morin de rendre ce site encore plus vivant.


La vie quotidienne au poste de Di Su

Monsieur Ernest Morin nous explique la vie quotidienne dans le poste de Di SU :


15 Août 1947 – Lettre du Lieutenant Blanc

Extrait de la lettre écrite le 15 août 1947 par le Lieutenant Paul Blanc (adjoint au commandant de la 1ère compagnie) à sa femme.

« Le 15 août 1947

Ma Chérie,

Je suis resté sans t’écrire ces deux derniers jours car j’étais fatigué. J’ai fait en effet deux embuscades de nuit dont une a duré toute la nuit. J’ai donc passé mes journées à récupérer. Ces embuscades n’ont d’ailleurs rien donné. Sauf la dernière où, progressant pistolet au poing dans un petit sentier avec de grands airs de sioux, je me suis retrouvé jusqu’au cou dans une fosse pleine d’eau qui sentait le pourri, la merde et le macchabé. Je n’ai pas perdu mon pistolet, mais j’ai perdu mon prestige.

(…)

Le chef Viet-Minh que j’ai capturé n’est pas assez grand chef pour que cela me rapporte quelque chose. Mais à son sujet, je regrette de n’avoir pas su qu’il était dangereux avant de l’envoyer à Hanoï. Là-bas, il a embobiné tout le monde et ils l’ont relâché. Il y a quelques jours, sous prétexte de se rallier, il a attiré une section de chez nous dans une embuscade où elle a bien failli se faire abimer. J’étais en rogne quand j’ai su ça… Quelle bande de c…. il y a dans les États-majors ! pour les papiers ils sont forts, pour faire des idioties ils le sont aussi…

Je vais te laisser maintenant ma petite femme bien aimée. Embrasse nos petits et reçois mes plus doux baisers.

Paul « 

Source : lettres mises gentiment à la disposition du rédacteur de ce site par William BLANC, petit-fils du Lieutenant BLANC.


Témoignage

Extrait de la lettre écrite le 18 août 1947 par le Lieutenant Paul Blanc (adjoint au commandant de la 1ère compagnie) à sa femme.

 » Le 18 août 1947

Ma petite Chérie,

Je rentre à l’instant d’embuscade. Une nuit de plus passée dehors et 3 heures de marche pour rentrer. Et bredouille par dessus le marché, quoique j’aurais eu des résultats si j’avais placé mon embuscade 400 mètres plus loin où des Viet-Minh sont passés dans la nuit. Enfin tout ça pour te dire que je suis fatigué. Je vais prendre une douche et me coucher. Hier j’ai eu une journée chargée aussi , messe officielle à 20 km de chez nous, repas, retour à 5heures du soir, diner sur le pouce puis redépart à 6h du soir à mon embuscade. Tu ne m’en veux donc pas ma chérie de t’écrire qu’un petit mot. si tu étais près de moi, je te prendrais contre moi et je dormirais comme un roi. Mais tu es loin, malheureusement et je dois me contenter de mon lit de camp, ou il y aurait bien malgré sa petite taille, de la place pour toi.

As-tu toujours l’espoir que je serai en fin d’année en France ? Je pense que maintenant il ne faut plus y croire. Il faudrait partir de Haïphong fin novembre et être averti au moins 3 mois à l’avance. Il faudrait donc que la guerre se termine dans la 2ème quinzaine d’août, ce qui serait miraculeux. 7mois et demi que nous nous sommes quittés. Seulement 7 mois et demi, que les jours loin de toi sont longs à passer ! (…) Je vais te laisser ma petite chérie. Embrasse bien tout le monde. Embrasse bien nos enfants chéris. Je te couvre de baisers et de caresses. Je suis fou de toi et bien malheureux sans toi

Ton Paul « 

Témoignage

Extrait de la lettre écrite le 20 août 1947 par le Lieutenant Paul Blanc (adjoint au commandant de la 1ère compagnie) à sa femme.

 » Le 20 août 1947

Ma Chérie,

Il n’est que 17h30 et il fait déjà nuit. Les moustiques me dévorent car je suis en short et je mange des cacahuètes. je me réveille de la sieste car figure toi que j’ai encore couché dehors cette nuit.

Le Viet-Minh continue à nous casser les pieds, pas à nous personnellement, mais aux villages annamites que nous avons ralliés, parce que, avec nous, ils se font étriper. Les annamites ralliés se défendent bien eux aussi; nous leur avons distribué des fusils et ils en font bon usage. Ca doit faire râler nos amis communistes de savoir que les annamites nous réclament des fusils pour lutter contre le Viet-Minh qu’ils exècrent. Enfin les Viet-Minhs viennent les attaquer la nuit et laissent un nombre respectable de morts sur le terrain. Et nous, nous passons notre temps en patrouilles d’intervention. Enfin, faire ça ou autre chose…

Laupies a pas mal changé depuis son départ de la compagnie et ce changement s’est accentué d’ailleurs depuis son dernier retour. Il s’est fait engueulé par un camarade qui lui a dit qu’il la ramenait trop et, moi-même, j’ai réduit les marques de respect au minimum. Je crois qu’il a compris et il est très cordial. Il a été à Hanoï aujourd’hui, je crois cette fois qu’il entrera pour de bon à l’État-Major du régiment, le Colonel lui a dit. en tous cas, n’en parle pas à Madame Laupies car il n’y a rien d’officiel. Quant à moi, il y a de fortes chances que je ne garde pas le commandement de la Compagnie car il va y avoir des remaniements et en particulier une diminution du nombre de compagnies

(…)

Je viens de recevoir ta lettre n° 88. Oui Chérie, quand cette guerre finira t-elle ? On dit que l’Indochine est mûre pour la paix et l’installation d’un nouveau gouvernement Bao Daï par exemple, quoique qu’il ne soit qu’un pis-aller. Mais les bandes du Viet-Minh sont nombreuses, quoique d’un moral de plus en plus mauvais et surtout, trop de salauds verraient leurs rêves de domination s’effondrer : Ho Chi Minh et surtout sa clique, Giap en particulier qui est une belle crapule.

Aussi la parole est encore aux actions et l’est encore certainement pour quelques mois Le retour de la saison sèche permettra à nouveau les opérations d’envergure et ton mari continuera à dropper la rizière à moins qu’il ne s’empale sur les bambous pointus destinés à cet effet au cours d’une seconde descente en parachute.

Tout cela est bien beau bien sûr, mais ce n’est qu’un devoir qui serait agréable si le cœur et l’âme n’étaient pas ailleurs auprès de toi. Oui, j’espère que cette guerre sera terminée cette année, sinon on n’en finira plus… C’est toi que je veux, c’est mon droit. J’en ai marre de faire le courant d’air : les petits et toi avez besoin de moi.

Je te quitte maintenant. Je t’aime, je t’adore. Je te couvre de baisers.

Ton Paul « 

Avec l’aimable autorisation de William Blanc, petit -fils du Lieutenant Paul Blanc

Témoignage

Extrait de la lettre écrite le 21 août 1947 par le Lieutenant Paul Blanc (adjoint au commandant de la 1ère compagnie) à sa femme.

 » Le 21 août 1947

Ma Chérie,

Je viens de me lever, je suis déjà lavé, rasé, j’ai un bol de café à coté de moi, et je viens près de toi. Il est 06h45 et il pleut, il pleut comme vache qui pisse, il a d’ailleurs plu toute la nuit.

Hier soir, tard, on m’a apporté ta lettre 89. Tu te bernes ma Chérir, Monsieur Bollaert* est venu puis il est reparti. En France on ne sait pas ce qu’on veut et Ho Chi Minh le sait et c’est pour cela que ça traîne en longueur. Si on avait su ce que l’on voulait, la guerre serait finie maintenant. Les opérations, elles-mêmes bien souvent dictées par les pouvoirs civils, étaient à usage politique. A la dernière saison sèche, les opérations qui auraient pu être décisives et auraient pu nous mener par la route en quelques heures dans les centres gouvernementaux du Viet-Minh étaient arrêtées, on ne sait pas pourquoi en cours d’exécution; De même pour les opérations parachutées. A Hoa-Binh, nous devions prendre Ho chi Minh et sa clique, on nous parachute quand ils sont déjà partis, à Phu To, idem, on nous parachute 48heures après leur départ. Et voilà tout à l’avenant, évidemment l’opération d’Hoa Binh avait une autre mission de jonction très importante qui a été accompli. Mais Phu To ?

Évidemment, les Indochinois et les Vietnamiens, c’est le nom à la mode, je ne parle pas du peuple que le Viet-Minh faisait marcher et qui finalement s’en accommodait parce qu’il est passif, mais des gens instruits qui n’étaient pas du parti ou qui l’étaient de force, filaient doux et cela ne leur plaisait pas toujours… pas plus qu’aux petits paysans, le communisme ne leur plaisait pas et pour eux, la France est venue à point. Mais le pays contrôlé par le Viet-Minh est encore très vaste et nous n’avons pas les effectifs suffisants pour les occuper. Les opérations que nous faisons ne peuvent être que des opérations de va-et-vient . Le paysan qui finit par savoir que nous ne sommes pas des « gus » , nous voient arriver avec soulagement, mais nous repartons et le Viet-Minh remet la main sur le pays. Pour que la Paix soit signée, il faudrait que Ho Chi Minh comprenne que la guerre est sans issue pour lui, et elle l’est en effet, et qu’il ne fera que ruiner le pays. Mais Ho Chi Minh espère . Il espère que les communistes français interviennent pour lui; c’est la raison pour laquelle ces messieurs sont indirectement responsables de ceux qui tombent ici.

Tu parles du Colonel. Le colonel a de grandes idées qui ne correspondent pas à la réalité. Le Colonel est un monsieur qui après un bon repas, assis dans un fauteuil du Club d’Hanoï, décide de commander par radio une patrouille de 10 hommes pour qu’elle renforce à tel endroit qui n’a d’ailleurs aucunement besoin de renforts. Le colonel est un monsieur qui ne peut pas sentir le 1er Bataillon parce que le Commandant de Vismes n’est pas de son avis. Le Colonel est une cloche ! Et comme un jour qu’il me disait de déplacer un poste et que je lui rappelais que la mission principale de la compagnie ne pouvait pas s’accommoder de ce déplacement, il s’est mis à gueuler et il a ensuite dit à Laupies : « qu’il est maladroit ce garçon là ! »

C’est bien ça, je suis maladroit dans ma manière de courtiser le Colonel, c’est ce qu’il voulait dire. Il oublie simplement que courtiser le Colonel n’est pas le but de tous les officiers. Donc ne compte pas sur les roses. A l’État-Major du Régiment, on a insinué que 2 citations en si peu de temps, c’était trop…

(…)

Je te laisse mon adorée. Embrasse tout le monde à la maison, embrasse bien fort les petits. Toi reçois mes plus doux baisers. Je t’adore, je suis fou de toi.

Ton Paul « 

*

Avec l’aimable autorisation de William Blanc, petit -fils du Lieutenant Paul Blanc

Témoignage

Extrait de la lettre écrite le 24 août 1947 par le Lieutenant Paul Blanc (adjoint au commandant de la 1ère compagnie) à sa femme.

 » Le 24 août 1947

Ma petite femme chérie,

Un petit mot avant de partir en embuscade, un tout petit mot pour te dire que je t’aime.

C’est une grosse embuscade que je prépare là, entre la préparation et l’éxécution, la journée du dimanche et la nuit du vont y passer.

Je dois partir dans une demi heure. Demain matin, je t’écrirai une longue lettre.

Pour le moment, je te couvre d’ardents baisers et de douces caresses. de plus en plus, la vie me pèse sans toi Quand ce calvaire finira t-il ? Je me le demande .? Est-ce que Bollaert vient ici pour discuter ou bien pour déclencher les opérations ou encore pour signer l’armistice ? Je n’en sais rien et même en France, le gouvernement ne sait pas trop ce qu’il veut non plus.

Enfin, qui vivra verra. Patience ! Toujours patienter, toujours espérer, voilà notre lot jusqu’à maintenant ma Chéri. je t’aime… Embrasse bien fort nos petits. Encore d’ardents baisers à toi de ton mari bien malheureux loin de toi.

Ton Paul « 


Témoignage

Extrait de la lettre écrite le 25 août 1947 par le Lieutenant Paul Blanc (adjoint au commandant de la 1ère compagnie) à sa femme.

 » Le 25 août 1947

Ma petite femme chérie,

Un petit mot avant d’aller dîner. Mon embuscade a été fatigante puisqu’il a fallu rester recroquevillé dans une petite tranchée pendant 4 heures sous une pluie battante avec un trajet de 2 heures aller-retour dans des chemins impossibles. Au total, de 8 h du soir à 2h du matin. Le retour à la compagnie ce matin à 10 heures, paperasses, sieste, toilette et préparation d’une tenue correcte puisque j’arrose ce soir, la citation d’Hoa Binh ( au niveau du corps d’Armée). Tu va encore croire que ton mari est un héros… L’amour est aveugle !

(…)

Ma petite Chérie, il ne me reste plus qu’un quart d’heure pour me laver et m’habiller. Je vais te laisser, je t’aime, je t’adore… est ce que tu penses à moi ? Je t’envoie de doux baisers et je te couvre de caresse. Je t’aime.

Ton Paul « 

Avec l’aimable autorisation de William Blanc, petit-fils du Lieutenant Paul Blanc.


AFFAIRE DE KE SAT (28septembre 1947)

Témoignage du Lieutenant Blanc

Occupé par le montage du poste à Ké Sat,le Lieutenant Blanc n’écrit à sa femme que le 2 septembre 1947. Voici quelques extraits de cette lettre :

« Ma Chérie,

Cette fois ci, tu peux dire que je t’ai laissée tomber, plusieurs jours sans t’écrire ; tu dois dire, ou bien mon mari est mort, ou bien il a oublié qu’il était marié… Rien de tout cela mon adorée et ton mari est toujours bien portant quoique un peu peu fatigué, et il t’aime toujours avec ferveur. Seulement voilà, il a changé de place et il est en plein travail à installer un nouveau poste et ce n’est pas rien. Dans ma dernière lettre, je t’annonçais une opération que je devais faire avec de trop faibles effectifs et que j’appréhendais. La réalité m’a donné raison car en fait l’opération a été montée avec des effectifs suffisants et ça n’a pas été facile. Enfin, on les a eu quand même.

Puisque c’est passé maintenant je peux te dire qu’i s’agissait de la reprise de la petite ville de Ké Sat par les français. La radio du Viet-Minh l’a d’ailleurs annoncé : » La ville de Ké Sat occupée un jour et une nuit par nos vaillantes troupes a subi l’assaut des troupes françaises supérieures en nombre etc… etc… ». La vérité est que la ville de Ké sat avait été ralliée par moi, car c’était un de mes secteurs, j’y avais armés de fusils 20 partisans annamites. Retranchés dans la cathédrale avec la population, ces partisans avaient été encerclés et attaqués par un bataillon Viet-Minh. Nous sommes arrivés pour les délivrer où les partisans, à bout de munitions, allaient se faire couper le cou. La 1ère compagnie, comme de juste, attaquait dans la rue principale, Laupies et mon ordonnance (le Chasseur Bon) gênés par leurs anciennes blessures n’arrivaient plus à suivre. En tous cas, une bataille de rue n’est pas marrante, nos mortiers, nos lance-grenades et nos FM donnaient tout ce qu’ils pouvaient, mais il y avait là une mitrailleuse et 2 FM Viet-Minh qui n’avaient pas l’air de vouloir se laisser faire : on montrait seulement le petit doigt et une rafale venait frapper le mur en claquant aux oreilles. Les derniers 50 mètres nous ont coûté 3 blessés dont le Sous-Lieutenant Baudoin chargé de la section de tête, de la 1ère Compagnie lui aussi. Mais on les a eu…

Encore une fois, je suis resté bouche bée devant ma chance et un sergent me disait que j’avais une sacré « baraka » depuis le temps qu’elle durait. En effets, les 2 derniers blessés, un chasseur et Baudin l’ont aussi été près de moi, mieux que ça : comme nous nous apprêtions à sortir d’une maison pour foncer vers un porche, j’avais la main sur l’épaule du chasseur qui était à ma gauche, Baudin était derrière moi et regardait par dessus mon épaule. J’avais derrière moi et à ma gauche un autre chasseur. Une petite rafale de FM et le premier chasseur s’effondre. Je le tire à l’abri et je vois Baudin avec un trou énorme dans le genou, la rotule éclatée et réduite à 3 débris d’os. Une balle était passée entre le premier blessé et moi, avait ricoché sur la mitraillette du second chasseur et était aller blesser Baudin pourtant placé contre moi. Mon short était éclaboussé de sang, mon bras et mon fusil idem. Tu vois que tu ne risques rien mon amour, ton mati est bien protégé. La pauvre Baudin, lui est estropié à vie, jambe raide. Il sera certainement rapatrié et il se mariera en rentrant, il est depuis longtemps fiancé.

Quant à moi, je suis resté à Ké Sat avec une section et comme je n’ai pas envie de me faire couper le cou et autre chose aussi, je te garantis qu’on en met un coup et que notre cathédrale est maintenant une forteresse. On commence un peu à respirer maintenant.

(…)

Avec l’aimable autorisation de William Blanc, petit-fils du Lieutenant Blanc

Témoignage

Complément d’ Ernest Morin ( grand ancien de cette 1° Cie) à propos de l’affaire de Ké Sat

« Très intéressants les commentaires sur le combat de KE SAT le 28 août 1947.

Je regrette cependant que le lieutenant Blanc n’ait pas davantage mis en valeur le travail réalisé par le groupe de mortiers de 81 mm du capitaine Bréchignac. Ce sont eux, entre autres,  par leur tir précis et meurtrier, qui ont réduit au silence la mitrailleuse de 12,7 et les deux FM du vietminh qui bloquaient notre progression dans la rue principale du village.

À l’encontre du lieutenant Blanc, j’ai beaucoup aimé ce combat de rue où, de maison en maison, de toit en toit, dans un farouche corps à corps, c’est le plus audacieux, le plus déterminé qui l’emporte.

Par ailleurs, au moins chez les paras, nous ne disions jamais j’ai fais ceci,  j’ai fait cela. C’était toujours un travail d’équipe, et nous étions conscients de n’être rien sans le travail des copains.

C’est pour cela que j’ai sursauté en lisant que la petite ville de KE SAT avait était ralliée par le lieutenant Blanc.

C’est une section, une compagnie, un ensemble de chasseurs qui par leur action ont pacifié et rallié à nous la population catholique de ce village. Ce ralliement n’a jamais été l’œuvre d’une seule et même personne.

De tout temps, de Hoa Binh à Dien-Bien-Phu il a été de tradition, au 1er R.C.P. de ne jamais commenter son action personnelle, de ne jamais se mettre en avant . Les gradés et les copains voyaient bien ce que nous faisions

S’en vanter était très mal vu ..

Je n’ai jamais dit ni écrit qu’en supplément de mon travail de voltigeur de pointe lors des corps à corps,  j’ai immédiatement porté secours et pansé sous le feu des F.M. du Viet Minh, les blessures du chasseur Jacopin et du lieutenant Baudin. Cela s’est vu et su .

Je terminerai en disant qu’il est vrai que le lieutenant Blanc, par sa fougue et sa bravoure s’est particulièrement fait remarquer dans le combat de KE SAT. »

CHANGEMENT A LA TETE DE LA 1ère COMPAGNIE

(1er Septembre 1947)

Témoignage du Lieutenant Blanc

Lettres à son épouse.

Dans ces lettres Paul Blanc explique lui explique les remaniements au sein du 1er Bataillon et livre ses états d’âme à se sujet

2 septembre 1947

Ma petite Chérie,

Laupies et maintenant officiellement chef du 4e Bureau. Nous avons reçu un renfort d’officiers et aux dernières nouvelles, un capitaine et un lieutenant plus ancien que moi étaient affectés à la compagnie, ce qui va me ramener à la fonction de chef de section. Les histoires d’ancienneté sont bien bonnes mais c’est quand même un peu gros. Cette fois, Laupies a défendu le bot de gras, il a fait remarquer que finalement c’est moi qui avait presque toujours commandé la Compagnie au combat et que je méritais quand même mieux. Quant à moi, j’ai demandé à changer de compagnie. La place de chef de section n’est pas déshonorante, au contraire, mais je ne veux pas l’être dans une compagnie que je commande depuis pas mal de temps déjà. Je préfère être chef de section dans une autre compagnie. D’autant plus que le capitaine qui va prendre le commandement est une « cloche finie » que tout le monde a su apprécier. Jusque là à l’État-Major du Régiment, il s’est avisé qu’il n’avait pas la Légion d’Honneur et a demandé le commandement de la Compagnie. Finalement, rien de définitif n’a encore été fait (sauf l’affectation du Capitaine. Je serai fixé sur mon sort demain ou après demain. Je ne me casse d’ailleurs pas la tête, je suis un peu peiné de quitter la Compagnie c’est tout. Mais je suis quand même heureux de sentir que j’ai tout fait pour épargner les vies, tout en remplissant au mieux ma mission. Le matin de Ké Sat, j’avais demandé à Dieu qu’il n’y ait pas de tué à la Compagnie, j’ai été écouté, nous n’avons eu que quelques blessés (…)

Ton mari fou de toi et bien malheureux sans toi qui est toute ma vie.

Paul « 


« 5 septembre 1947

Ma petite Chérie,

(…)

Je suis rentré hier soir au PC de la 1ère Compagnie. Toutes mes affaires sont bouclées ce qui explique cette lettre écrite au crayon. Je suis muté comme adjoint au Capitaine Laffargue commandant la 3ème Compagnie. Le chef de bataillon m’a convoqué ce matin et m’a jeté des fleurs. Il m’a dit que l’arrivée d’officiers plus anciens que moi au Bataillon avait obligé des remaniements. Il m’avait nommé adjoint à Laffargue qui, ancien prisonnier, n’était pas très au courant de la guerre moderne. Il a ajouté : » du point de vue militaire et combat, vous êtes un des meilleurs officiers du Bataillon et en tous cas, mon meilleur Lieutenant, Pourtant une chose me gène, c’est votre brusquerie avec vos subordonnés et même avec vos supérieurs ».

Faisant la roue et pénétré de mon importance, me voilà donc à cette table t’écrivant que je t’aime et que je t’adore.

(…)

Ton Paul


« Le 10 septembre 1947

Ma chérie,

Je reviens d’une vadrouille à Hanoï et j’attends la voiture qui va m’emmener à ma nouvelle compagnie.

A Hanoï, je suis allé chez le dentiste, j’ai été voir Baudin à l’hôpital( le docteur ne lui a pas dit qu’il n’avait plus de rotule, c’est ridicule, un officier est suffisamment courageux pour qu’on ne lui cache rien).Nous avons eu un pot d’adieu dans un poste où était réuni le maximum de la Compagnie. Ca m’embête de la quitter cette sacrée 1ère Compagnie. C’était une des meilleures, voire la meilleure. Je pars maintenant dans une compagnie dont les chefs de section sont des cossards et dont le commandant de compagnie en est un aussi. Ca promet… Heureusement que je vais retrouver Graveleau.

Voilà le camion, je ne te fais pas une grande lettre aujourd’hui.

Toi mon adorée, je suis fou de toi. Je t’envoie plein de baisers. Je t’aime.

Ton mari bien malheureux loin de toi.

Paul « 

Témoignage d’Ernest Morin

Ernest Morin qui a vécu l’épopée de la 1ère Cie nous raconte l’arrivée du Cne Bouvery et de son ordonnance le Caporal Coste. (Cliquez sur le triangle noir à gauche de la bande audio ci-dessous pour écouter Ernest Morin)


Opération OASIS – Nettoyage de la région de Ké Sat-

12 et 13 septembre 1947

Source : 1er RCP – Témoignages pour l’Histoire

L’opération déclenchée le 12 septembre 1947,avec le 3/1 RCP, a pour but de nettoyer la région de Ké Sat et Binh Giang Phu. Articulé en 2 groupement : A ( 9e et 12e compagnies) et B (10e et 11e compagnies), le bataillon progresse par les digues. La 9e compagnie du Lieutenant Tholly atteint Boï Ké. Un échange de tir avec l’ennemi permet d’abattre une douzaine de Viets. La 10e compagnie, sur la digue Est du canal de Ké Sat, fortement accrochée à plusieurs reprise, ne peut manœuvrer à cause des inondations. L’artillerie et la chasse interviennent mais la chaleur étouffante ralentit la progression.

Témoignage de Guy Escaïch :

 » La 10e compagnie est sévèrement accrochée; nous continuons la progression sur la digue en touches de piano. En définitive, ces coupures faites par les Viets nous sont utiles car elles nous permettent de nous abriter des tirs ennemis.

Notre section arrive à 80 mètres d’un village d’où ils tirent sur nous. Nous sommes en t^te avec le Lieutenant Establie qui n’arrête pas :  » Escaïch tire sur ceux à droite, tire sur ceux là à gauche. » Sur notre gauche, pas très loin de nous, il y a un Viet armé d’une mitraillette Sten reconnaissable à sa cadence de tir. Nos mortiers et l’artillerie interviennent. Les obus fusants explosent pas très loin de nous. Nous ne sommes pas rassurés et nous demandons de faire rallonger le tir. Les Viets après avoir attaqué au son du clairon et après avoir été repoussés se calment un peu.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre, les postes du lieutenant Gros et du Sous-Lieutenant Clédic sont attaqués. Le lendemain,, les actions de l’ennemi qui attaque toujours au son du clairon, redoublent de violence. A chaque fois, les Viets sont repoussés et laissent leurs morts dans la rizière. L’ordre de repli est donné, mais ils nous suivent pas à pas malgré les tirs de mortiers et d’artillerie. Ké Sat est atteint à 14h00.Nos pertes s’élèvent à 3 tués et 3 blessés; les Viet sont 200 tués environ. »

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