JMO 1ère Cie du 1er RCP – Lundi 21 avril 1947

04h00 : Tentative de passage de la rivière, infructueuse par manque d’embarcation.

10h00 : Récupération d’un radeau et d’une barque sur la berge de Maï Chau (nageurs). Impossible de repasser le radeau. 17 hommes du 1er Peloton ( Sous-Lieutenant Gardes) passent la rivière sur la barque et s’installent en PA sur la rive gauche.

11h00 : La barque étant coulée, 3ème tentative de passage sur le radeau. Nous essayons vainement d’installer un va-et-vient.

13h00 : Un homme de la CB1 ( Caporal Bonnetain) se noie en essayant d’établir le va-et-vient.

14h00 : Réinstallation de la Cie sur le PA rive est sauf le Peloton Gardes qui reste sur la rive ouest avec une compagnie de tirailleurs qui, arrivée à 14h00 au bac, ont réussit à installer un va-et-vient et a commencé le passage du fleuve.


Mort du Caporal Bonnetain : Le Caporal Hubert Bonnetain, de la Compagnie de Commandement du 1er Bataillon, allait avoir 20 ans. Il s’est noyé en tentant d’installer un va-et-vient afin que la 1ère Cie puisse franchir la Rivière Noire. Dans son livre  » Le Para » consacré à René Leguéré qui servait au 2ème Peloton de la 1ère Cie, Georges Fleury relate la mort du Caporal Bonnetain :

 » Les chasseurs de (l’adjudant) Payen fouillent les bords de l’eau pour y découvrir des embarcations.

– Il n’y a rien annonce( le Sergent-Chef) Leguéré au Ltn Blanc. On va établir un va et vient de fortune..

– Je suis bon nageur, avance le Caporal Bonnetain, je vais m’encorder et passer sans histoire…

Le volontaire se passe l’extrémité d’un longue et solide corde de chanvre en boucle autour de la taille et, glissant sur les herbes de bord de la rivière, s’engage résolument dans le courant.

Bonnetain s’enfonce presque tout de suite et se met à nager en longues brasses vigoureuses et efficaces. Ses compagnons silencieux le suivent des yeux.

 » C’est vrai qu’il nage joliment bien, le bougre » se dit Leguéré en appréciant en connaisseur l’effort athlétique du Caporal.

Un parachutiste tient l’autre extrémité de la corde qui file lentement entre ses doigts. Le nageur se retourne dans le courant et fait un signe du bras pour signifier que tout va bien pour lui.

– Plus que vingt mètres, évalue Leguéré pendant que Bonnetain reprend le rythme de ses brasses volontaires.

Des avions tournent dans le ciel, prêts à intervenir en cas d’accrochage sérieux. Baudin, un sous Lieutenant détaché du PC du Bataillon, aux ordres de Blanc, se tient tout près de Leguéré.

Tout à coup, l’éclaireur semble en difficulté dans les remous. Leguéré, aveuglé par la luminosité des franges de vaguelettes brillantes, plisse les yeux pour mieux suivre la forme imprécise. Balloté comme un chiffon mort, le nageur apparait et disparait tour à tour dans les tourbillons.

– Bon Dieu ! souffle le sergent-chef en courant au plus près de la rivière. On dirait qu’il n’avance plus !

Le chasseur qui tient le bout de la corde ne sent plus le chanvre glisser entre ses doigts. Bonnetain sort un instant la tête hors de l’eau au dessus du remous. Sa bouche grande ouverte avale goulument des gorgées d’air frais.

– Il coule ! hurle presque Leguéré en voyant le caporal faire un geste désespéré du bras droit avant de disparaitre dans les flots mouvants.

La corde, soudain lâche, flotte en suivant le courant. Le chasseur la ramène sans effort vers la rive, machinalement.

Un instant Bonnetain refait surface en battant l’air de ses deux bras en mouvements désordonnés. Des hommes bondissent dans les flots pour essayer de rattraper leur malheureux compagnon.

– Revenez ! crie Leguéré lorsque le corps a replongé dans le flot tourmenté. Vous ne pouvez plus rien »

Georges Fleury dans « LePara » aux éditions Grasset

One Reply to “JMO 1ère Cie du 1er RCP – Lundi 21 avril 1947”

  1. Bonjour

    C’est vrai que la traversée en radeau de la Rivière Noire à cet endroit a été périlleuse. Des torrents d’eau brassée par la force du courant dans un coude de la Rivère emportaient notre radeau comme une coque de noix. Il fallait surtout bien s’agripper au cordage du va-et-vient .

    Une des plus forte trouille de ma vie. !

    Merci pour le récit qui me vaut , encore aujourd’hui une peur rétrospective .

    Amicalement

    Ernest Morin

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